22 avr. 2016

Les Silences de Thalès

Auteur: Hélène Louise

Edition: Editions de la Chimère

Genre: Young Adult

Date de parution: 2016

Résumé: Thalès vient d’emménager à Bayères-sur-Loire. Elle a seize ans, un prénom improbable et le goût des mots.
Elle a un nouveau chien, un nouveau chat, une nouvelle maison.
Elle a aussi un père, Pierre (professeur de mathématiques, vraisemblablement dépressif, addict au crochet) et une petite sœur, Sidonie (surdouée, hypersensible, gothique).
Mais depuis un an déjà, Thalès n’a plus de mère.



Après une excellente expérience avec Hélène Louise et son roman Lysandre Chalkhill, j’ai eu la bonne surprise de la voir se tourner à nouveau vers moi pour découvrir son nouvel écrit : Les Silences de Thalès. Et je ne regrette absolument pas ce nouveau partenariat qui m’a fait voyager dans une famille atypique mais plus qu’attachante.

Le récit nous entraîne dans un univers bien familial et très français, au cœur d’une famille plus que soudée après un deuil important. Le thème de la mort est donc omniprésent à travers les pages, sans qu’il n’alourdisse pour autant l’histoire ou ne la rende trop dramatique. L’auteur parvient en effet à prendre à contre pied ce thème en s’éloignant de ce que l’on peut nous offrir d’habitude, c’est-à-dire un personnage principal trop renfermé qui finirait par s’ouvrir aux autres grâce à l’amour du bellâtre du lycée, le tout saupoudré de pathos et mièvrerie à souhait. Au contraire, la mort est ici abordée sur un ton humoristique. Sans oublier son propos, Hélène Louise s’est penchée sur le deuil d’une manière différente mais des plus humaines, qui nous fait nous sentir encore plus proche des personnages.

Le ton est d’ailleurs donné dès les premières pages, avec cette introduction qui nous prend de court mais qui permet de présenter les personnages et d’étayer quelque peu leurs personnalités. S’il faut un léger temps pour rentrer vraiment dans le récit et s’habituer surtout à ces protagonistes si différents de ce que l’on peut rencontrer, une fois que cela est fait il devient très compliqué de s’en sortir puisque l’on finit par dévorer les pages qui défilent rapidement sous nos yeux. L’histoire, très simple, n’est pas sans rappeler notre quotidien, entre les descriptions de gestes et l’utilisation d’objets familiers, ainsi que des dialogues autour de la culture moderne et un peu plus ancienne. On avance au fil de la lecture dans un monde qui nous est au final très proche, ce qui nous rend les personnages plus que sympathiques car on finit par se sentir en corrélation avec eux. Au fur et à mesure que le récit avance, il s’étoffe et la fin, malgré sa prévisibilité, clôture à merveille ce voyage.

Plus que le récit, ce sont les personnages qui font tout le charme de son roman et qui lui donnent cette vivacité et cet intérêt. Simples, réalistes, on s’aperçoit que leur caractère est travaillé et très approfondi. On s’éloigne des clichés, souvent prisés dans le Young Adult et d’autres récits, pour toucher à l’individu même. Les protagonistes ont un passé, un vécu qui se répercutent sur le présent et leurs actes et comportements viennent approfondir leur personnalité. La particularité la plus attrayante cette facilité qu’à l’auteur de faire graviter autant de personnages secondaires sympathiques autour de son héroïne : tous apportent quelque chose de plus au récit et sont des plus attachants, notamment Sidonie, cette petite sœur tout de noir habillée, qui vit son deuil à travers la mode gothique. Sa manière de parler, des plus atypiques, sa façon de s’exprimer sont d’autant plus charmantes qu’elles nous révèlent un être sensible et intelligent.

L’écriture accompagne parfaitement le tout ; certes simple, il s’en dévoile une poésie moderne certaine légère et touchante. Le style d’Hélène Louise s’est affiné depuis son dernier roman lu, et le ton frais, presque désinvolte, démontre sa maîtrise des descriptions et des dialogues réalistes.


Pour conclure, Les Silences de Thalès est une lecture fraîche et intéressante qui nous prouve que les thèmes les plus sérieux peuvent parfaitement être traités de manière légère sans qu’ils n’en perdent leur sérieux pour autant. Drôle, attendrissant, ce roman est parfait pour passer un agréable moment.

7 avr. 2016

It Follows

Film américain

Date de sortie: 4 février 2015

Réalisé par: David Robert Mitchell

Avec: Maika Monroe, Keir Gilchrist, Daniel Zovatto etc.

Durée: 1h40

Genre: Epouvante-Horreur

Synopsis: Après une expérience sexuelle apparemment anodine, Jay se retrouve confrontée à d'étranges visions et  l'inextricable impression que quelqu'un, ou quelque chose, la suit. Abasourdis, Jay et ses amis doivent trouver une échappatoire à la menace qui semble les rattraper...




It Follows est un film d’horreur rafraîchissant dans le panel du genre. Ni remake ni reboot, le scénario tente une approche originale du film d’épouvante en évitant les clichés de possession tels que la maison hantée ou l’apparition d’esprits fantasmagoriques généralement accompagnés de jump scare. On retrouve certes quelques ficelles du genre, mais elles sont amenées et présentées différemment, ce qui fait que notre propre approche du film change. 

Dès les premières minutes le film instaure une ambiance particulière, pesante, qui n’aura de cesse d’accompagner les personnages et le spectateur jusqu’à la fin. On est d’emblée happés par une sorte d’expectative : en effet, le réalisateur joue sur une certaine lenteur dans la réalisation et la narration, prenant son temps pour nous présenter Jay, l’héroïne et pour nous amener au basculement de l’histoire. Lorsque ce moment arrive, l’horreur comme on a tant l’habitude de la voir dans ce genre de films n’est pas au rendez-vous. Point de monstres, de fantômes surgissant en hurlant ou de tueurs déments courant vers sa proie. Ce qui apparaît ne semble pas, au premier abord très terrifiant, bien au contraire, et l’explication qui nous est donnée soulève bien entendu quelques questions sans pour autant faire dresser les cheveux. Cependant l’effroi gagne peu à peu le spectateur tout comme la panique s’empare de l’héroïne, et comme cette dernière on ne peut s’empêcher de scruter l’arrière-plan à la recherche de cette créature banale et terrifiante à la fois.




Le film se transforme en poursuite infernale, avec cette créature dont on ne sait rien et qui ne cesse de changer d’apparence pour apparaître en homme, femme, jeune, âgée, nue ou habillée. L’horreur survient de ce côté quelconque, puisque cette créature pourrait se fondre dans la masse, si ce n’est sa particularité de toujours marcher inexorablement vers sa proie.

La réalisation joue beaucoup sur ce point, et notamment sur le fait que seule la future victime peut voir son bourreau : tantôt on reste spectateur  tantôt on se retrouve à la place de Jay, dévisageant tous les personnages secondaires afin de découvrir si la chose n’est pas loin. Accompagnée d’une esthétique élégante avec de beaux plans fixes ou des ralentis, cette réalisation nous amène à un sentiment de paranoïa qui transmet la simple idée que tout espoir est vain, aucune échappatoire ne semble possible.

Ce sentiment est également bien rendu à travers les personnages, qui sont attachants ; Jay parvient à faire ressentir la panique qui l’habite. Le groupe d’amis est lui aussi intéressant, puisqu’on est loin des stéréotypes habituels. On a des simples ados qui tentent de faire face à quelque chose d’inconnu, de dangereux et surtout d’invisible pour eux.

En ce qui concerne la malédiction, plusieurs interprétations peuvent être faites : une personnalisation de MST qui rappellerait l’importance de se protéger ? Une simple folie étrange ? Une réelle créature qui punirait les inconscients ?



Quoi qu’il en soit, It Follows parvient parfaitement à nous emmener dans son univers en se démarquant des autres films du même genre et nous démontre que l’on peut encore innover en matière d’horreur et angoisse.

4 avr. 2016

Murder Incarnation

Auteur: INAMITSU Shinji (Dessin), SUGAWARA Keita (Scénario)

Type: Seinen

Genre: Thriller, Tranche-de-Vie

Editions: Komikku Editions

Publication: Terminée => 2 tomes

Résumé: Une personne qui vous est chère vient de décéder.
Alors que vous êtes au comble du désespoir, une mystérieuse jeune fille apparaît devant vous et vous dit :
- Je peux faire ressusciter les morts. Mais il y a une condition à cela. Il faudra tuer trois personnes, qu’importe lesquelles, en l’espace de 24 heures.
Seriez-vous capable de commettre des meurtres pour retrouver une personne qui vous est chère ?

Arrivant au moment où ils sont le plus vulnérables, la jeune demoiselle sait comment faire pour toucher les êtres meurtris en plein cœur. Elle leur assure en plus la disparition des cadavres engendrés par la réalisation de leur macabre résurrection… et donc une quasi-impunité. Autant vous dire que ces pauvres personnages se retrouvent souvent à jouer le tout pour le tout !



Manga court en deux tomes, Murder Incarnation offre un scénario atypique et intéressant au premier abord, mais qui malheureusement possède quelques défauts.

En effet, le mangaka nous propose un thème innovant qui pousse à la réflexion : jusqu'où seriez-vous capable d'aller pour rendre la vie à une personne proche? Question délicate qui ouvre de nombreuses perspectives ; malheureusement le mangaka ne va pas jusqu’au bout de son idée et se contente de nous soumettre quatre histoires aux dénouements certes satisfaisants, mais qui manquent cruellement de profondeur.

La lecture du premier récit parvient à bien implanter l’idée principale et suscite dès le départ intérêt et questionnement. Cependant tout va assez vite, puisqu’on n’a que 24 heures pour trouver les trois personnes à tuer pour permettre la résurrection. Si on a une hésitation logique venant de la première héroïne, ce ressenti n’est que survolé en quelques planches. Il aurait été intéressant de voir comment son choix était vécu, de comprendre ce que cela impliquait réellement. Or, rien de cela ne nous sera délivré, quelque soit l’histoire lue.



Les personnages se contentent d’être présents, d’agir selon leurs caractères mais il manque un approfondissement de leurs psychologies. Si on peut comprendre le choix du mangaka de ne pas le faire pour ne pas alourdir ses courtes histoires, il reste grandement dommage que ce développement n’ait pas été fait pour le personnage de la lycéenne, Maya Mikuni. En effet, on se pose beaucoup de questions autour d’elle : qui est-elle ? D’où lui vient son pouvoir ? Pourquoi propose-t-elle ce contrat ? Que fait-t-elle des cadavres récupérés ?

Du côté des graphismes, ces derniers sont quelque peu rédhibitoires. Entre des visages trop grossiers, des traits trop épurés et le manque de détails les dessins sont décevants et n’apportent rien de plus au récit.

Pour conclure, si on regrette une absence de développement et des histoires trop répétitives dans leur schéma, Murder Incarnation reste satisfaisant dans son originalité et pour l’intérêt soulever pour la mystérieuse écolière et son pouvoir.