31 juil. 2014

L'Héritage, Tome 1: Eragon

Auteur: Christopher Paolini

Titre original: Inheritance, book 1: Eragon

Edition: Corgi Books

Genre: Fantasy, Jeunesse

Date de parution: 2005


Résumé: Un garçon...
Un dragon...
Une épopée...

Voilà bien longtemps que le mal règne dans l'Empire de l'Alagaësia... Et puis, un jour, le jeune Eragon découvre au cœur de la forêt une magnifique pierre bleue, étrangement lisse. Fasciné et effrayé, il l'emporte à Carvahall, le village où il vit très simplement avec son oncle et son cousin. Il n'imagine pas alors qu'il s'agit d'une œuf, et qu'un dragon, porteur d'un héritage ancestral, aussi vieux que l'Empire lui-même, va en éclore... Très vite, la vie d'Eragon est bouleversée. Contraint de quitter les siens, il s'engage dans une quête qui le mènera aux confins de l'Alagaësia. Armé de son épée et guidé par les conseils de Brom, le vieux conteur, Eragon va devoir affronter, avec son jeune dragon, les terribles ennemis envoyés par le roi dont la malveillance démoniaque ne connaît aucune limite.
Eragon n'a que quinze ans, mais le destin de l'Empire est désormais entre ses mains !



Premier tome de la série à succès de Christopher Paolini, Eragon nous présente un récit de fantasy assez classique puisque le pitch pourrait se résumer à l’éternelle lutte du bien contre le mal que l’on retrouve dans de nombreux romans. Malgré ce rapide résumé, c’est bel et bien l’emballage autour qui fait de l’histoire son originalité.

Ici, force est de constater l’imagination débordante de Paolini qui malgré son jeune âge au moment de l’écriture nous démontre un certain talent dans la création du monde d’Alagaësia. C’est un univers complet dans lequel nous pénétrons à la suite d’Eragon, jeune fermier dont la vie va être bouleversée après sa découverte d’une pierre étrange. Dès l’introduction Paolini parvient à instaurer une ambiance mystérieuse qui ne lâchera pas le lecteur durant tout le récit. Ce dernier est bien mené et ne se perd pas en digression. L’auteur sait où il veut en venir et y conduit son lecteur en jonglant entre aventures et rencontres parmi lesquelles il distille avec justesse les éléments importants qui nous conduisent à comprendre les tenants et aboutissants de l’histoire d’Alagaësia. Les évènements s’enchaînent assez rapidement et ne laissent pas de temps à l’ennui, tout en restant cohérent.

Une palette de personnages différents défile tout au long des pages, avec des caractères variés,  ce qui enrichie la lecture d’une autre manière. On n’échappe pas au stéréotype du héros trop gentil au cœur pur, avec un Eragon simple au début, parfois énervant dans ses discours ; mais il évolue déjà  beaucoup dans ce premier tome suite à ses nouvelles expériences et grandit petit à petit. Le personnage de Saphira est atypique et très intéressant et apporte une touche de sagesse complémentaire de celles d’autres humains. Les personnages secondaires ne sont pas en reste, et tous apportent leur pierre au récit. On peut par contre regretter une vision trop manichéenne avec cette délimitation entre gentils/méchants et donc l’absence de personnages vraiment ambigües.

L’écriture quant à elle reste agréable, malgré toutefois quelques longueurs ou quelques soucis de descriptions qui n’aident pas réellement à visualiser la scène, comme notamment la taille de Saphira.

Dans l’ensemble ce premier tome est attrayant et se laisse lire facilement. On passe un bon moment aux côtés des héros et la curiosité est assez présente pour pousser à lire la suite.


14 juil. 2014

Rainbow, Tome 1

Auteur: Masasumi Kakizaki, George Abe

Type: Seinen

Genre: Tranche de vie, Suspense

Editions: Kaze

Publication: Terminée => 22 tomes


Résumé: On les surnomme Anchan, Joe, Mario, Suppon, Baremoto, Biceps et Chou-Fleur.

Ce sont sept adolescents qui, en cette année 1955, vont devoir apprendre à cohabiter ensemble dans la même cellule de la maison de correction de Shio.
Prisonniers d'un enfer dont les barreaux sont constitués d'acier mais aussi de souffrance et d'humiliation, ils attendent qu'une lueur d'espoir apparaisse dans ce monde carcéral ténébreux, comme un arc-en-ciel qui surgirait après la pluie.



Avec ce premier tome qui lance la série Rainbow, le mangaka Masasumi Kakizaki et George Abe nous entraîne dans un Japon d’après guerre qui peine à se remettre de sa défaite et de ses blessures. C’est dans ce contexte difficile que l’on fait la connaissance des sept personnages principaux, jeunes garçons récidivistes envoyés dans une prison pour délinquants.

Dès le début on est entraîné dans une ambiance à la limite du malsain qui engendre déjà des sentiments chez le lecteur, de l’incompréhension face à certaines réactions à la colère devant des comportements abjectes. Le ton est donné en quelques pages et il n’est guère joyeux. D’abord parias, rejetés par une société qui les avait déjà pour la plupart abandonnés une première fois, voilà les héros face à la pire facette de l’humanité dans cette prison où vices et violences dominent.  
Ce premier tome esquisse l’enfer de la prison à travers notamment deux rôles symboliques, le médecin et le gardien qui détient tout pouvoir. On joue sur les apparences et rien n’est alors ce qu’il paraît être comme l’indique le dévoilement, encore léger, des sept jeunes. Si l’on apprend déjà des choses sur leur passé, l’auteur s’emploie pourtant à délayer de l’espoir dans ce monde terrible et parvient à démontrer la force que possèdent les héros en incluant un début d’amitié et la notion de respect entre eux. Les personnages sont bien dépeints et sont intéressants. On sent déjà les possibles changements que leur nouvelle vie va leur apporter.

Du côté du graphisme, Kakizaki possède un agréable coup de crayon qu’il maîtrise parfaitement. Les détails sont soignés et le tout donne un rendu très réaliste qui accentue le côté terrible de l’histoire.

Comme tout premier tome, celui-ci plante parfaitement le décor d’un récit dramatique sur fond historique. Les ingrédients sont tous présents pour donner envie de lire la suite. 



4 juil. 2014

La Tombe des Lucioles

Auteur: Akiyuki Nosaka

Titre original: Hotaru no Haka

Edition: Philippe Picquier

Genre: Nouvelle, Contemporain

Date de parution: 1998


Résumé: L'histoire d'un frère et d'une soeur qui s'aiment et vagabondent dans l'enfer des incendies tandis que la guerre fait rage ; une histoire qui est celle que Nosaka vécut lui-même, âgé de quatorze ans, en juin 1945. Le traducteur, Patrick De Vos, décrit son écriture comme un brassage de toutes sortes de voix, de langues, la plus vulgaire comme la plus classique, où se déverse par coulées enchaînées les une aux autres le flot ininterrompu des images. " Ce sont ces images que l'illustrateur Nicolas Delort fait naître, avec un réalisme stupéfiant, elles restituent toute la profondeur dramatique de cette période, la tendresse des liens qui unissent les deux enfants, l'intensité poétique et visionnaire du texte de Nosaka.



La tombe des lucioles est un recueil de deux nouvelles traitant chacune à leur manière de la Seconde Guerre Mondiale au Japon.

Première nouvelle semi-autobiographique, La tombe des lucioles est terrifiante sous couvert de poésie. Orphelins, Seita et Setsuko sont livrés à eux-mêmes durant les bombardements de 1945 et doivent faire face à la misère et la faim qui a saisi le pays. Malgré un contexte plus que difficile, Seita tente par tous les moyens de protéger sa petite sœur des horreurs qui les entourent.
Le récit révèle ici toute sa beauté dans ce lien qui unit les deux frère et sœur. Il est difficile de ne pas être touché par cette histoire des plus poignantes qui prend sa source dans le passé même de l’auteur. A travers sa plume on découvre un Japon brisé aux habitants laissés pour compte. L’indifférence dont ils font preuve est troublante, parfois incompréhensible notamment quand il s’agit du personnage de la tante. Pourtant l’auteur décrit tout cela sans rancune ; son but n’est pas d’accabler mais bel et bien de décrire la situation. Cependant, si l’émotion est présente, elle est contrastée par un style d’écriture vraiment particulier parfois froid, hachée, jonglant entre dialogues et descriptions sans forme précise. L’histoire aurait gagné en intensité, déjà bien présente, avec un style plus poétique et plus structuré.


La seconde nouvelle, Les Algues d’Amérique, se situe après la guerre alors que le Japon est en pleine reconstruction. On suit un homme, Toshio, dont les souvenirs de la guerre refont surface alors que sa femme s’apprête à recevoir des américains. La rancœur de la défaite parcourt les pages tandis que Toshio se laisse emporter par le flot des souvenirs en même temps que son rôle d’hôte. Ce récit est plus difficile à aborder tant l’écriture semble fouillis. L’auteur alterne entre passé et présent sans aucune indication, nous perdant dans une lecture difficile, voire laborieuse. Au final cette nouvelle dégage moins d’émotions comparée à la première. 



Exercices de Style

Auteur: Raymond Queneau

Edition: Folio 

Genre: Nouvelle

Date de parution: 1947


Résumé: Le narrateur rencontre, dans un autobus, un jeune homme au long cou, coiffe d'un chapeau orné d'une tresse au lieu de ruban. Le jeune homme échange quelques mots assez vifs avec un autre voyageur, puis va s'asseoir à une place devenue libre. Un peu plus tard, le narrateur rencontre le même jeune homme en grande conversation avec un ami qui lui conseille de faire remonter le bouton supérieur de son pardessus. Cette brève histoire est racontée quatre-vingt-dix-neuf fois, de quatre-vingt-dix-neuf manières différentes.


Avec Exercices de Styles, Raymond Queneau fait preuve d’inventivité et nous démontre tout son génie en reprenant 99 fois la même histoire qui est pourtant à chaque fois différente. Il use pour cela de différents styles, genres et manières d’aborder un récit et nous offre ainsi un livre des plus intéressants. Il est évident que le but n’est pas de tout lire d’un trait à la manière d’un roman qui propose une histoire linéaire mais bien de s’amuser à découvrir les diverses possibilités littéraires qui s’offrent à nous. La richesse de l’imagination et de l’écriture nous est alors ouverte et il est simplement étonnant, déroutant mais surtout jouissif de voir tout ce que l’on peut faire avec de « simples » mots.

Queneau se contente d’une histoire banale très courte avec un homme dans un bus revu par le narrateur un peu après devant une gare. Ce court récit n’a aucun intérêt en lui-même mais il prend une dimension nouvelle à chaque essai stylistique. Tantôt poétique, gourmand, absurde, théâtrale, au passé ou au présent etc. le récit se découvre sous un angle nouveau et on prend plaisir à le relire sous ses différentes formes.

Queneau ouvre la porte des possibles et nous montre qu’un récit n’est pas enfermé dans un seul style mais qu’il est autant malléable qu’une pâte à modeler suivant ce que l’auteur veut lui faire dire, ouvrant une autre perspective de réflexion.