29 juil. 2013

L'homme invisible

Auteur: H.G. Wells

Titre Original: The Invisible Man

Traducteur: Laurent Achille

Editions: Le Livre de Poche

Genre: Science-fiction, Fantastique

Date de parution: 1983 (1897 date originale)

Résumé: Mme Hall, l'aubergiste, a un drôle de client. Quel secret cache-t-il derrière ces lunettes noires, sous ses bandes serrées tout autour de la tête ? Que fabrique-t-il, enfermé avec tant de bouteilles ? Et pourquoi ces colères dès qu'on le contrarie ?
Depuis qu'il est dans le pays, c'est chaque jour un nouveau mystère : l'argent disparaît, les objets se déplacent tout seuls... Cet homme est dangereux !



Une fois n’est pas coutume, me voilà lancée dans une lecture commune avec le blog "Without Books I Can’t Live", tenu par SevenRed. Pour notre LC, notre choix s’est porté sur un classique de la littérature fantastique et de la Science-fiction : L’homme invisible de H.G. Wells.

Parue en 1897, ce sont surtout les différentes adaptations de cette œuvre qui ont ancré le personnage de l’homme invisible dans la culture populaire, au détriment de l’histoire originale qui aborde pourtant des thèmes importants, révélateurs de notre approche de l’humanité et de la vie en collectivité.


L’intrigue, intéressante, est menée de manière simple mais singulière dans sa narration. Le texte est divisé en trois parties bien distinctes, assez irrégulières tant dans leur approche que dans leur écriture. Wells entame son récit à la troisième personne du singulier, s’éloignant d’ores et déjà de son personnage en usant d’une narration assez décousue, qui se veut plus journalistique, voire scientifique dans sa description claire et précise des événements. On suit donc l’arrivée de notre homme invisible dans le petit village d’Iping, son installation et ses déboires avec les habitants. Le rythme ici est assez lent, ponctué surtout par les coups de colère de l’homme invisible, ce qui empêche une possible dynamique de l’histoire. Il y a quelques pointes d’humour, peut être moins accessibles pour nous lecteur du 21ème siècle mais qui démontrent du cynisme latent du personnage principal. Son caractère particulier va finir par l’emporter, ainsi que l’action qui se lance fébrilement et de manière encore un peu hésitante, avec la fuite et la poursuite de l’homme invisible. Cette fuite l’amène à rencontrer une ancienne connaissance à qui il va conter son aventure, permettant de ce fait à Wells de nous dévoiler l’identité de l’homme invisible, un savant du nom de Griffin, mais aussi de basculer dans un récit à la première personne du singulier et de nous éclaircir sur ce qui lui ait arrivé avant son arrivée à Iping. Cette partie est très vivante, accentuée par les ressentis de Griffin. On en découvre un peu plus sur la personnalité de ce savant, mais on aperçoit ici une critique de la mégapole londonienne, opposée à Iping par bien des manières. On revient à une narration classique pour une dernière partie très énergique, où l’action s’enchaîne sans répit pour finir en apothéose sur une conclusion logique et intelligente qui conclut merveilleusement bien un récit quelque peu inégal.



A travers L’Homme Invisible, Wells reprend le thème du savant fou d’une manière qui n’est pas sans rappeler  le Dr Jekyll et Mr Hyde et Frankenstein. Griffin poursuit un rêve particulier qui, comme pour les deux autres savants, va l’amener à la folie et à l’isolation totale. Pris dans son expérience, il n’y voit que des effets bénéfiques et échoue à penser aux conséquences négatives, lesquelles le rattrapent dès sa transformation. Mais en accomplissant cette dernière, ce ne sont pas seulement des inconvénients qui viennent ternir la vie du savant : en effet, Griffin finit simplement par perdre son humanité, ce qui causera sa perte. En transgressant les lois de la nature, le savant s’isole des autres. La différence causée de surcroit par un phénomène surnaturel, amène les habitants d’Iping à avoir peur. Ce sentiment est accentué par le côté monstrueux de Griffin, qui en perdant son humanité s’octroie le droit de ne plus répondre aux restrictions sociales et donc de ne plus agir sous le coup d’une quelconque moralité. Cela se traduit par ses paroles terribles mais aussi par ses actes, qui passent du vol à l’agression pour finir par un meurtre. La peur de l’étranger est bien amenée par Wells, mais semble ici assez justifiée de par le côté détestable de son anti-héro.


En perdant son humanité, c’est également son identité que perd Griffin. Cela se voit dès le départ, avec l’absence de nom et sa qualification par les termes « homme » et « étranger ». Même quand son nom est révélé, l’absence d’une réelle identité persiste dans le passage à Londres, dû à l’anonymat que confère cette grande ville où l’individu est noyé dans la masse. Il devient impossible pour Griffin de rester là, car son existence devient menacée par l’absence d’une quelconque reconnaissance de sa présence. Au contraire Iping lui permet d’être vu en tant qu’individu. Mais là encore, un problème survient pour un homme dans sa condition : en effet, en tant que petite ville, Iping est une réelle communauté qui ne laisse pas souffler ses habitants ; tout est connu de tout le monde et alors que Griffin cherche à être tranquille, cela lui est impossible. La solitude et cette perte d’identité le poussent à se confier à sa connaissance, Kemp. Cette partie démontre le fait que l’homme ne peut rester seul et qu’il a besoin d’un minimum de reconnaissance. Mais le caractère bien trempé et trop impulsif de Griffin finit une nouvelle fois par prendre le dessus. Le suspense amené au début du roman par l’arrivée de l’homme invisible finit alors par atteindre son apogée dans une course-poursuite épique et dangereuse. 
  

Il est dommage que Wells se soit contenté de décrire une histoire de manière simple, sans pousser plus loin les caractères des personnages et notamment celui de Griffin. Le potentiel fantastique et psychologique n’est pas assez exploité, nous laissant avec une œuvre bonne mais qui n’est pas la meilleure de son auteur. On peut également reprocher une écriture trop simpliste qui se contente de décrire. Mais dans l’ensemble, L’Homme Invisible reste un  classique à découvrir, et ce pour les thèmes forts qu’il aborde.



Merci à SevenRed pour cette LC, et ce sera avec plaisir pour en faire une autre!

Voici maintenant mes réponses à ses questions:

- Avais-tu lu d'autres livres de l'auteur ? En liras-tu d'autres ?

Non, L'Homme Invisible est le premier que je lis de Wells, et je vais en lire d'autres: j'ai dans ma PAL La Guerre des Mondes et L'île du Docteur Moreau.


- As-tu trouvé une morale à tirer de cette histoire ?

Un projet, scientifique ou non, demande des sacrifices mais surtout de la réflexion: on ne doit pas agir dans la précipitation et réfléchir correctement aux conséquences. Qui plus est, mieux vaut être deux pour ne pas perdre la tête et devenir fou.


- Comprenais-tu le raisonnement de l'homme invisible ?

Oui et non: en étant invisible, des perspectives nouvelles s'offrent à nous, je comprends son excitation et sa soif de pouvoir. Mais son envie de tout contrôler, de mettre à terre le monde entier est bien trop extrémiste pour moi. Son caractère impulsif, égoïste et solitaire lui font tenir des propos détestables qui sont loin d'être excusables.


- Aurais-tu voulu devenir invisible ? Pourquoi ?

Intéressante question: j'aurais bien aimé, mais à la seule condition de pouvoir redevenir visible quand bon me semble. Il n'y a guère d'intérêts et seulement des inconvénients dans le cas de Griffin. Hors, si on a le choix on peut s'échapper de notre quotidien, s'amuser à se faire enfermer dans des bibliothèques, à faire peur aux gens, ou tout simplement pour ne plus avoir le regard des autres sur soi. D'énormes perspectives s'offrent à nous, sans pour autant devenir mauvais.



La chronique de SevenRed ici

27 juil. 2013

L'assassinat du Pont-Rouge

Auteur: Charles Barbara

Editions: Magnard

Genre: Philosophique, Policier,

Date de parution: 2010 (version originale: 1855)

Résumé: Paru en 1855, L'Assassinat du Pont-Rouge est me premier roman policier français. Dans cette oeuvre, qui fait apparaître en son coeur Baudelaire et même l'un de ses poèmes - offert à son ami Chartes Barbara deux ans avant que ne paraissent Les fleurs du Mal ! -, c'est la crise spirituelle du XIXe siècle qui prend corps : la certitude de la mort de Dieu conduit te héros à la déchéance absolue. Les visionnaires du XIXe siècle - Baudelaire, Sainte-Beuve et Barbey d'Aurevilly - ont d'ailleurs su reconnaître en leur ami Charles Barbara " un de ces terribles dans le réel ". Ce roman policier au rythme haletant propose une peinture pittoresque de la Bohème parisienne et balaie tous tes horizons, de l'étude sociologique au roman d'aventures, en passant par le fantastique, la philosophie et la poésie. L'après-texte complet permettra d'approfondir l'étude d'un mouvement littéraire (le romantisme), mais aussi de plusieurs genres : le roman policier, le fantastique, la poésie. Il s'attache à mettre en pratique les formes du discours et du récit, de l'argumentation et de la mise en scène.



A travers ce roman, Charles Barbara témoigne d'une certaine époque à travers son analyse psychologique et réaliste des personnages. D'entrée de jeu, il nous plonge dans une discussion entre deux artistes bohèmes qui parlent de l'art en général. Propos quelques peu philosophiques qui rendent compte des différentes pensées de l'époque.

Mais Barbara ne se contente pas de nous décrire ses contemporains, il touche à tout et tous les genres pour livrer une oeuvre pluridimensionnelle, qui passe du réalisme au fantastique, en apportant une touche de religion agrémentée par des propos philosophiques. Il est par contre plus difficile de retrouver la trace du roman policier tant on est loin d'une vraie enquête avec le suspense qui va avec. En effet, aucune surprise n'est à attendre du titre, qui révèle l'atroce vérité d'une mort considérée au départ comme un suicide. Le texte lui-même désigne parfaitement l'assassin sans avoir pour autant besoin de ses aveux.

Ce qui est réellement au centre du récit n'est autre que le propos philosophico-religieux auquel s'attache le fantastique qui survient par la suite. On pourra déplorer des propos bien trop moralisateurs, qui paraissent parfois limités tant l'auteur semble vouloir démontrer que sans la foi, on est condamnés à devenir des démons, car toute trace de morale disparaît alors chez nous. L'intrusion du fantastique vient alors illustrer cet avis religieux, jouant sur le jeu des visages si importants à cette époque, et démontrant par là-même que Dieu est partout et punit les pêcheurs et athées, sans aucune possibilité de pardon.

Le récit tourne donc autour de ses propos, en imposant deux visions, décrivant avec force les sentiments de chacun. Si cette oeuvre est intéressante à lire pour son point de vue et sa vision de l'époque, il est difficile par contre de s'attacher aux personnages tant ils semblent distants du lecteur. De plus, l'écriture de Barbara se contente d'être linéaire, presque académique tant elle s'éloigne d'un quelconque suspense pour en rester à une pure démonstration des faits et paroles.


Loin d'un récit policier, L'assassinat du Pont Rouge se laisse malgré tout lire facilement.

11 juil. 2013

[Trailer] The Curse of Chucky

Ahh, voilà un tueur que l'on avait pas vu depuis un moment: 2013 verra le retour de Chucky, la poupée tueuse qui a subi un petit lifting pour l'occasion.


"Time to play": ou plutôt "Time to laugh" en voyant cette bande annonce qui promet plutôt de la bonne blague.


5 juil. 2013

24h (saison 1)

Série américaine (2001-...) (24)

Genre: Action, Drame Espionnage

Durée: 42 minutes

Créée par: Joel Surnow, Robert Cochran

En production: 8 saisons, 193 épisodes

Avec: Kiefer Sutherland, Elisha Cuthbert, Leslie Hope, Dennis Haysbert, Sarah Clarke, Carlos Bernard, etc.

Synopsis: Responsable de la Cellule Anti-Terroriste de Los Angeles, Jack Bauer a 24 heures pour mener sa mission à bien et protéger les siens du danger qui les menacent...





Mieux vaut tard que jamais est un proverbe qui s’applique particulièrement très bien à moi-même : combien de films sortis cette année ne verrais-je que l’an prochain ou encore bien plus tard? Pareil pour les séries, que je note, mets de côté et regarde avec un train de retard. C’est donc le cas pour 24h Chrono, mais il faut dire que cette série ne m’attirait pas plus que cela, et ce sans raison particulière. Je me suis laissée malgré tout tenter et me voici donc à écrire mes impressions sur cette première saison qui est surprenante et très bonne.

Il est difficile de ne pas avoir entendu parler de 24h Chrono, série qui a révolutionné le petit écran à sa première diffusion en 2001. Cela tient principalement de sa narration qui diffère en tout point de ce que l’on avait pu voir auparavant, et qui reste le principal point fort de la série. En effet, une saison représente seulement une journée : les épisodes correspondent alors aux 24h et nous font vivre en temps presque réel l’histoire. Cela rend donc dès le départ l’impression d’une série dynamique, avec un rythme très soutenu et du suspense à revendre. Mais pour réussir à tenir en haleine les spectateurs, il faut allier ce format à un scénario qui tient la route et permet justement ce suspense. Ici aussi les scénaristes nous surprennent en présentant une situation plausible mais surtout infernale, n’hésitant pas à reprendre ce concept ô si cher à nos amis américains qui n’est autre que le complot. Le génie de l’histoire prend tout son sens quand l’intrigue qui part d’une tentative d’assassinat sur un sénateur se développe en de nombreux retournements de situations. Cela est notamment possible grâce au traitement de l’histoire qui ne se contente pas de montrer un sénateur en situation de danger, avec un héros pour le défendre. Au contraire, outre l’action de terrain menée par un Jack Bauer en forme et très remonté, on a droit à un très bon aperçu de la politique américaine, avec en fond les élections à la présidence américaine. On notera au passage l’audace des scénaristes qui présentent un candidat noir à la présidence (vision prophétique) ainsi que les manipulations politiques. Entre taupes, enlèvements et menaces le scénario ne laisse aucun répit au spectateur qui est pris dans les tourmentes de l’action au même titre que le héros.

Les personnages sont bien abordés et développés, et si certains sont amicaux, d’autres tapent grandement sur les nerfs, comme par exemple Kim Bauer, qui ne sert pas à grand-chose à part geindre ou bien Sherry Palmer, épouse parfaitement détestable. Les performances des acteurs contribuent parfaitement à créer ses sentiments ainsi qu’une ambiance oppressante. Kiefer Sutherland est parfait dans son rôle de Jack Bauer : nerveux, anxieux et féroce par moments, il donne vie à un excellent anti-héro. Dennis Haysbert en impose dans son rôle de sénateur, offrant un personnage ambitieux mais humain, proche des gens et amical.



Dans l’ensemble cette première saison nerveuse est excellente ; il y a malgré tout quelques passages redondants et lents, mais le rythme ne perd jamais vraiment en intensité. On prend plaisir à suivre les pas de Bauer et de ses amis et à découvrir toutes les intrigues sous-jacentes qui ne cessent de surgir. Le meilleur est la fin, inattendue mais grandiose qui clôt parfaitement un bon début de série.